Sofia Fredén, Le Vélo & Pourrie, par Edouard Signolet
“Il y a chez Sofia Fredén une dynamique enfantine complètement jubilatoire.
Elle s’amuse de tout, et tout semble être vécu dans une palette de sentiments qui ne connaît pas la modération.
C’est une matière vivante, qui explose dans la bouche des acteurs, et qui donne à représenter l’être dans ce qu’il a de plus complexe et de plus fascinant.
Le tour de force de Sofia Fredén est d’entremêler naïveté et cruauté.
Elle porte sur le monde un regard noir mais, loin de s’apitoyer sur le genre humain, elle tourne en dérision ce qui souvent est vécu comme une tragédie.
Ce rire devient alors une solution salutaire au misérabilisme, à l’immobilisme et au conformisme.
Le vélo et Pourrie, une vie de princesse est un double projet autour de la construction de l’identité de l’enfant.
Concevoir Le vélo et Pourrie, une vie de princesse comme un diptyque, c’est adopter l’idée qu’une seule et même thématique, le besoin de liberté, soit traitée sous deux angles différents.
C’est aussi ne pas vouloir stigmatiser une seule et unique classe sociale.
Ces deux textes, par un subtil jeu de miroir, se mettent en valeur l’un et l’autre : chacun d’eux en partant d’une réalité quotidienne différente (tour d’immeuble défavorisée ou château merveilleux) élaborent l’idée que le cadre sociétal ne construit pas un être, qu’il faut le fuir, le détruire et se reconstruire un cadre qui nous soit propre grâce à la rencontre de l’autre et à la connaissance de soi.
C’est aussi défendre l’idée que la remise en cause de la société soit effectuée par deux figures féminines toutes deux habitées par le même désir de renouveau.
Sofia Fredén, grâce à ces deux fillettes, déconstruit le clivage ancestral homme / femme, souvent utilisé dans le conte et construit avec Eugénie et Atma deux nouveaux types de héros.”
Edouard Signolet