Critique du Vélo et de Pourrie sur Théâtre-enfants.com
Notre critique:
Emilie Sagne pour Théâtre-enfants.com
Deux textes du répertoire jeune public qui mettent à l’honneur la dramaturgie contemporaine tout en réinventant l’écriture du conte.
Le Vélo nous raconte l’histoire d’Atma ou comment grâce à son nouveau vélo elle va partir en quête de liberté et rencontrer sur son chemin des êtres aussi étranges que touchants. Une pièce de théâtre qui s’appuie sur les ressorts du conte traditionnel avec la quête du héros (ou, devrais-je dire, de l’héroïne) et le parcours initiatique pour en faire un oeuvre théâtrale totalement contemporaine.
Pourrie, une vie de princesse, au contraire, part de la situation initiale des contes merveilleux avec un prince, des princesses, et un château, pour mieux détourner cet univers et ouvrir sur une réalité bien plus sordide. On y suit le cheminement d’Eugénie, une princesse malgré elle qui rêve d’une vie normale, fuit sa vie de princesse « pourrie » et part voir le monde.
Il s’agit donc un diptyque autour d’une seule et même thématique : le besoin de liberté, traité sous deux angles différents. Ouvrant des fenêtres sur des univers opposés, l’une pièce traite du quotidien entre deux tours d’immeubles et l’autre d’un monde vu comme merveilleux et édulcoré. Les textes abordent des images sociales distinctes, ancrées dans des époques différentes, certes, mais qui nous renvoient au monde d’aujourd’hui, à la réalité de notre société.
Le dispositif scénique est réduit au minimum : pas de décor, ni d’accessoires, juste une toile en fond de scène sur laquelle sont projetés des jeux de lumières assez sobres et l’espace au sol vide pour Pourrie, une vie de Princesse. Pour Le Vélo, quelques cubes disposés par terre, en guise de représentation de l’espace urbain. Les comédiens, en revanche, sont costumés avec un certain décalage, une touche de ridicule ou de caricature dans leur accoutrement. A noter, la présence d’un narrateur, qui prend en charge les didascalies du texte dans les deux pièces. Un travail très intéressant sur le traitement de la parole, qui fait entendre le texte dans une langue éloigné du quotidien.
Les deux spectacles s’opposent totalement dans le rythme du jeu et leur dynamique respective. Une volonté du metteur en scène, Edouart Signolet, de travailler la dimension de la lenteur et de l’étrange sur Pourrie, une vie de princesse, qui contraste avec l’énergie du Vélo. Un travail intéressant qui vient interroger notre rapport aux codes du théâtre jeune public, que l’on connait plutôt denses, riches en péripétie et dynamiques.
A noter, enfin, la prestation remarquable et l’énergie de la comédienne Céline Groussard.